Il y a quelque temps, j'ai eu une discussion "furtive" avec mon frère qui m'assurait que l'eau potable de Rennes était "contaminée" par des oestrogènes résultant des contraceptifs. Au delà de l'aspect anecdotique de cette discussion (je ne porte pas de jugement sur la qualité de l'eau potable rennaise puisque je n'ai pas d'éléments probants qui me permettent d'affirmer un avis sur la question), j'ai souhaité rédiger un article simple sur la contamination des eaux par les médicaments de façon générale.
Des milliers de tonnes de substances pharmaceutiques à usage humain ou vétérinaire sont utilisés chaque année de part le monde et se retrouvent rejetés d'une façon ou d'une autre dans l'environnement aquatique :
- Ces substances sont métabolisées totalement ou partiellement par l'organisme et ensuite éliminées par voie fécale ou urinaire se retrouvant ainsi dans les réseaux d'assainissement ou directement dans les eaux de surface ou souterraines sans traitement préalable.
- s'ajoute à ceci les médicaments non utilisées et jetés dans les toilettes ou la poubelle.
- L'épandage des boues d'épuration (résidus des stations d'épuration) qui peuvent contenir un certain nombre de résidus de médicaments, surtout s'ils sont lipophiles
- manque d'efficacité de nombreuses stations d'épuration pour éliminer les médicaments : L'épuration des eaux se fait en plusieurs étapes ; un prétraitement élimine les polluants les plus grossiers (cailloux...). un traitement primaire permet de supprimer des matières en suspension par simple décantation. un traitement secondaire qui est essentiellement biologique (dégradation des polluants organiques par la flore intestinale présente dans les matières fécales déversées et par des bactéries présentes dans l'eau). De nombreuses stations s'arrêtent à ce stade...Il existe ensuite un traitement tertiaire dans certaines zones pour éliminer l'azote et le phosphore. La suppression de micropolluants (médicaments) nécessitent un traitement quaternaire. Les eaux épurées sont rejetées dans les eaux de surface, parfois elles sont utilisées pour l'irrigation agricole, l'arrosage en milieu urbain ou partent recharger les nappes souterraines.
Il y a ainsi plusieurs voies d'accès des médicaments et de leurs métabolites vers les eaux de surface et les eaux souterraines utilisées pour l'alimentation en eau potable.
En début des années 2000, trois projets européens ont vu le jour (Eravmis, Rempharmawater et poseidon) afin d'évaluer les risques de toxicité des principales molécules présentes dans les rejets d'origine médicamenteuse et de proposer des solutions.
"Eravmis" s'est intéressé à l'impact des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire sur un certain nombre d'organismes aquatiques (algues, bactéries, plantes, vers...). Les premiers résultats rassurants ne sont pas concluants dans la mesure où la période d'évaluation est très courte (3 semaines) par rapport à la rémanence importante de certaines substances dans l'environnement. d'autre part les concentrations des substances dans les sites étudiés ne sont pas importantes par rapport à certaines zones d'usage intensif et/ou continuel des antibiotiques "vétérinaires".
Le projet "Rempharmwater" s'intéressait à l'impact d'un certain nombre de médicaments à usage humain retrouvés à la sortie des stations d'épuration. Dans ce cadre, un recensement (en France, Suisse, Grèce et Italie) a retrouvé 26 substances pharmaceutiques, les chercheurs se sont intéressés à la demie vie de 6 molécules (temps nécessaire à ce que la moitié des molécules se désagrègent naturellement), les résultats sont préoccupants : certaines molécules mettent jusqu'à 5 ans pour s'éliminer de moitié.
Le projet "poséidon" s'est intéressé aux techniques de traitement des eaux. Il a permis de montrer que l'élimination de certains résidus pharmaceutiques peu dégradables nécessitait des technologies efficaces mais coûteuses telles la filtration au charbon actif, l'ozonation, la nanofiltration.
Ces projets et d'autres études menées laissent encore plusieurs questions sans réponse satisfaisante notamment en ce qui concerne certaines classes médicamenteuses et leur impact réel sur les organismes aquatiques malgré les faibles concentrations retrouvées dans les effluents (par le biais d'un effet additif et d'une rémanence importante) :
- les antibiotiques et leur éventuelle influence sur la flore bactérienne environnementale, l'inhibition de certaines bactéries des stations d'épuration qui participent au traitement biologique des eaux usées, augmentation de l'antibiorésistance...
- les hormones et leur rôle de perturbateurs endocriniens (féminisation des poissons mâles)
- les anticancéreux et leur effet mutagène
Des simulations de doses de certaines études ont conclu à l'absence de risque pour les humains au vu des très faibles concentrations mais ces études ne tiennent pas compte d'une possible action additive des mélanges de plusieurs substances, du potentiel allergisant.
En attendant l'amélioration des techniques de traitement des eaux, des mesures simples et efficaces visant à diminuer la pénétration des médicaments dans l'environnement aquatique peuvent être promues notamment le retour des médicaments non utilisés vers les pharmacies d'officine en vue de leur incinération.
Références : "la revue Prescrire"